Boucles à l'envers
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Les unités minimales
Boucles à l'envers
La 1ère question soulevée concerne une progression possible :
« L'expression "Savoir inverser le sens des boucles pour écrire car les lettres sont des hybrides de sens du point de vue moteur" (?!) extraite de ce chapître me laisse perplexe, je la soumets de ce pas à Danièle Dumont à laquelle on fait référence plusieurs fois dans les documents car je ne pense pas qu'elle reconnaisse un intérêt quelconque dans la reproduction graphique de "boucles à l'envers" pour éduquer le geste... »

Ma réponse :

La phrase « "Savoir inverser le sens des boucles pour écrire car les lettres sont des hybrides de sens du point de vue moteur" » appelle effectivement un commentaire ou plutôt plusieurs commentaires.


I) Je commencerai par la cause évoquée « car les lettres sont des hybrides de sens du point de vue moteur » avant d’évaluer la conséquence « "Savoir inverser le sens des boucles pour écrire ».
L’observation des lettres de l’alphabet montre que 11 d’entre elles, c'est-à-dire pas loin de la moitié, tournent toujours dans le même sens et que, parmi elles, se trouvent toutes les voyelles et de nombreuses lettres de haute fréquence. On peut d’ailleurs écrire des phrases entières sans changer de sens (ex : elle fait du café »). S'il est vrai que certaines lettres sont des hybrides, il n’est donc pas exact d’écrire que les lettres sont des hybrides.

II –"Savoir inverser le sens des boucles pour écrire » peut avoir deux significations : A) Savoir tracer des boucles à l’envers. B) Savoir faire des tracés qui vont en sens inverse de celui des boucles.


A) Savoir tracer des boucles à l’envers.
Les boucles à l’envers font partie des tracés spontanés des enfants. A ce stade, elles ne posent pas de problème.
En revanche, la question de leur place dans l’écriture se pose à deux niveaux :
a) celui de leur présence dans l’écriture
b) celui de leur intérêt dans l’enseignement de l’écriture.

a) Leur présence dans l’écriture :
- L’observation des lettres de l’alphabet montre que la boucle à l’envers est présente uniquement dans le jambage de la lettre z, c'est-à-dire sous la ligne. Hormis le z, les lettres qui vont dans le sens inverse de celui de la boucle ne sont pas constituées de « boucles à l’envers » (le plein du jambage des g, j, y est droit et non courbe comme le serait une boucle à l’envers, cf. illustration avant dernière ligne du tableau : ).

b) Leur intérêt dans l’enseignement de l’écriture :
- La lettre z faisant partie des lettres les moins fréquentes, il est facile de percevoir le faible intérêt de la boucle à l’envers dans la réalisation de la forme des lettres.
- On pourrait toutefois trouver un intérêt dans l’habileté à faire bouger les doigts à l’envers du sens de la boucle. Ce n’est pas faux en soi ; toutefois si cette activité est proposée dans le cadre de la préparation à l’écriture - et proposée comme telle - elle donne à cette forme une légitimité dans la création des lettres : or,
......1) perçu comme tel par l’enfant, ce geste formateur de la boucle à l’envers l’incitera à tracer les lettres rondes à l’envers. On trouvera donc plus tard des o, a, d, q et g à l’ove de sens horaire (que je préfère qualifier de « 2ème unité » - cf. Le geste d'écriture - Ed. Hatier - 2ème édition , page 88) ;
......2) de ce même geste, compris comme celui qui forme les jambages des j, g et y, seront issus des j, y, et surtout g, au plein courbe et déporté vers la droite au lieu de descendre droit.

- En conclusion, la boucle à l’envers dans l’apprentissage de l’écriture offre un intérêt quasiment nul et présente, au contraire, des inconvénients majeurs. L’exclure des travaux préparatoires à l’écriture éviterait certaines anomalies graphiques qu’il faut combattre plus tard.


B) Savoir faire des tracés qui vont en sens inverse de celui des boucles.
« Savoir inverser le sens des boucles pour écrire » peut aussi être compris comme « savoir inverser le sens sans pour autant faire des boucles ». Cela soulève plusieurs questions : a) Comment aborder cette notion de « sens » sans parler de « boucles » ? b) Que proposer à l’enfant ? c) Quand proposer ces tracés à l’enfant ?

a) Comment aborder cette notion de « sens » sans parler de « boucles » ?
Personnellement, je n’ai guère échappé à cet écueil. L’écriture emprunte les deux sens de rotation qui existent dans un cercle « le sens antihoraire », sens de la boucle, et le « sens horaire », sens inverse. Lorsque je suis passée de l’idée de « sens de rotation » de l’écriture à celle d’unités minimales de mouvement (ou de geste) (cf. Le geste d’écriture – Éditions Hatier, 2ème édition, 2006), j’ai ressenti le besoin de conserver une terminologie renvoyant à quelque chose de plus concret qu’ « unité minimale » qui relève plus de l’abstraction puisque le geste de l’écriture ne se révèle que par la forme de la trace laissée sur le papier. J’ai donc gardé l’appellation de « boucle » pour dénommer la 1ère unité qui, du coup, reçoit le même nom que la forme de base correspondante.
Mais est-il utile de dénommer ce « geste qui part de la gauche pour aller vers la droite en passant par en bas » autrement que « 1ère unité » ? Ce n’est pas certain.
Parallèlement, j’ai dénommé « pont », comme la forme de base du même nom, le « sens inverse », celui « qui va de la gauche vers la droite en passant par en haut » qui correspond donc à la 2ème unité (2ème parce qu’il ne peut exister sans la 1ère cf. Le geste d’écriture op. cit. et http://www.bienlire.education.fr/04-media/a-metalangage.asp )

Il me semble donc qu’on peut trouver intérêt à cette notion d’unités minimales « qui vont de la gauche vers la droite en passant par… » dans la perspective d’apprendre aux enfants à « inverser le sens », ne serait-ce que parce qu’elles se réfèrent au geste qui produit la forme et non à la forme elle-même, ce qui est plus simple car on fait alors appel à la mémoire procédurale, plus facile à gérer et plus résistante que la mémoire lexicale (cf. L’architecture de la mémoire http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/AC/AffFicheT.asp?CleFiche=P100-1&Org=QUPE&LQP=1A et Pourquoi et comment utiliser la mémoire procédurale pour l’apprentissage de l’écriture en maternelle ? http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/AC/AffFicheT.asp?CleFiche=P100-2&Org=QUPE&LQP=1A )


b) Que proposer à l’enfant ?
S’il s’agit de graphisme sans lien avec l’écriture : tout type d’activités habituelles.
S’il s’agit de la 2ème unité minimale de l’écriture, alors ce sera obligatoirement, en matière de tracés, des tracés en séquences courtes qui se termineront par une 1ère unité de façon à ne pas induire des cassures sur la ligne de base à la fin des lettres à pont m, n, p, h (puisque la 1ère unité repart vers la droite sur la ligne).


c) Quand proposer ces tracés à l’enfant ?

En graphisme, la chronologie a peu d’importance.

En préparation à l’écriture après l’étude de la 2ème forme dérivée de 1ère unité, c'est-à-dire du rond. (Forme de base de 1ère unité : la boucle – elle tourne et elle avance en passant par en bas -, 1ère dérivée : l’étrécie - précédemment dénommée « coupe » ; elle avance de même sans tourner – 2ème dérivée : le rond – il tourne de même sans avancer. Forme de base de 2ème unité : le pont - il va également de la gauche vers la droite, mais "en passant par en haut").


III - Le renvoi à l’illustration
Le texte disant : "Savoir inverser le sens des boucles pour écrire car les lettres sont des hybrides de sens du point de vue moteur", l’illustration devrait porter sur des lettres ou des tracés de sens inverse à celui « des boucles » ou dans les deux sens, or elle concerne trois lettres de 1ère unité (e, l, f), un tracé sans lien avec l’écriture mais de 1ère unité également (car il va de la gauche vers la droite "en passant par en bas") et une seule lettre combinant les deux unités (r).

graphisme-ecriture
06/03/10